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La Mère du Monde

L'existence est dans tout, elle est l'essence de la création entière et n’est soumise à aucun changement. La nature sort périodiquement de l'existence éternelle et se fond à nouveau avec son essence. La nature apparaît conjointement à la force. Le mot nature est compris en général comme matière pénétrée par la force. La force est nommée en Orient Shakti, elle est représentée symboliquement comme une déesse qui danse sur Lord Shiva endormi, l'existence éternelle. Sans la force, la nature serait inactive. La force transforme la nature originelle ou nature-racine issue de l'essence et la traverse avec son feu.

Cette pénétration est aussi appelée la conscience.

De la nature originelle, Mulaprakriti, émergent trois qualités : volonté, sagesse-amour et intelligence active. Elles font partie non de la nature, mais de la force. Elles transforment la nature en de nombreuses formes et noms, de même que l'or qui est transformé en différents bijoux par l'effet de la force de l'artiste reste toujours de l’or.

Avec la nature se manifeste aussi le temps dans l'espace.

L'espace latent devient ainsi l'espace plein de puissance.

La nature-racine est la mère du monde. Elle est appelée aussi la lumière de la nature ou Gayatri. De ses rayons émanent tous les principes et les qualités de la nature qui se manifestent sur les différents plans. C'est l'arc-en-ciel de la mère du monde. Le père esprit soutient la mère nature dans toute son activité, mais reste pourtant à l’arrière-plan. A son état pur la mère est la nature virginale, chaste. Si une personne obtient la pureté virginale, la mère lui dévoile la lumière de sa pureté à travers la grâce du regard de ses yeux. Cela signifie alors symboliquement qu'elle tient la personne sur son bras et la nourrit de son sein. Cet embrassement est représenté dans l’iconographie de Marie tenant l’enfant Jésus. La mère remet l’enfant au Père une fois celui-ci grandit.


 

Les voiles de la nature

La nature rend la création possible par ses trois qualités : la conscience, la force et la matière. La force est dynamique (rajas), la matière est inerte (tamas), la conscience les unit et elle équilibre la force et la matière (sattva). A travers les trois qualités et les cinq éléments - l'éther, air, feu, eau et terre – se créent les degrés de la lumière avec lesquelles la nature produit les enveloppes des âmes. C’est le voile de la mère divine, l'Isis, qui voile la vérité de l'existence. C’est ce voile qui la rend impénétrable, nous tourne vers l’extérieur et nous égare dans la dualité de la vie matérielle (Maya). En nous intériorisant à nouveau, les voiles de la nature deviennent de moins en moins denses jusqu'à ce que le voile irisé soit traversé et la lumière dévoilée.

Par nature, tous les êtres vivants sont lumière. Pourtant, en se liant à leurs enveloppes, la lumière originelle, la présence du Je suis est voilée. Ainsi nous oublions notre nature divine et nous nous ressentons comme des unités de conscience isolées, individuelles.


 

Nature individuelle et supérieure

Nous avons tous une nature individuelle et une nature humaine, et nous sommes aussi partie de la nature supérieure.

La nature individuelle comprend notre façon de penser, de comprendre autrui, d’écrire, d‘analyser, de distribuer, d’aimer et de détester. Elle comprend aussi les fonctions de sens. C’est à cause de la nature individuelle que les personnes réagissent de manière tout à fait différente pour une situation donnée, et souvent les gens ne peuvent trouver aucun consensus l'un avec l'autre.

La nature humaine nous distingue des autres règnes naturels.

La pierre se trouve sur le plan le plus bas. La plante est quelque chose de plus subtil, elle peut vivre des perceptions sensorielles. Les animaux peuvent produire aussi certains sentiments qui font partie du domaine de la pensée.

L’homme a une meilleure aptitude pour penser et peut développer certains traits rationnels. Ensuite, il y a des personnes pour qui la pensée devient une perception intuitive.

Les règnes naturels inférieurs à l’homme sont entretenus par la nature sans possibilité de choix. Les animaux ont des instincts beaucoup plus forts que l’homme, tandis que chez ce dernier, ceux-ci deviennent encore plus faibles.

La nature a donné la « Conscience du Je suis » à l’être humain et ainsi la liberté et le discernement. Elle attend de lui une collaboration au plan et un soucis des autres règnes naturels. Nous avons la possibilité ou non de participer et d’accepter l'ordre de la nature. Ce choix détermine les problèmes que nous créons ou non, vis-à-vis de nous même et des autres. La nature peut sembler nous mettre des obstacles sur le chemin et nous freiner. Même si les obstacles semblent venir de l’extérieur, ils proviennent néanmoins uniquement de nos rapports avec la nature.

La nature nous semble être parfois cruelle si nous ne comprenons pas comment elle agit, et que nous ne traitons pas correctement ses cadeaux. Nous devrions observer et reconnaître quelle sorte d’activité et quelle profession correspond à notre nature. Notre activité devrait correspondre à notre nature (Dharma) et aux besoins de la société. Alors il sera possible de trouver une harmonie en ce qui concerne notre subsistance. Aujourd'hui beaucoup de personnes sont engagées dans des activités qui ne correspondent pas à leur nature et ceci produit des conflits.

Nous avons aussi une nature supérieure agissante à travers notre nature. Beaucoup de personnes pensent être indépendantes et pouvoir se passer de la nature supérieure.

Pourtant malgré tout notre savoir scientifique, économique, artistique, politique ou religieux, nous n’y parviendrons pas, même en essayant de manipuler la nature. Le fait que nous vivons même si nous ne pensons pas, que nous somme éveillés et dormons alternativement,que nous respirons et que notre coeur bat, montre que la nature agit en nous et prend soin de nous. Au nom du développement nous nous sommes éloignés de la nature.

 

Exploitation de la nature

Nous vivons dans l'illusion de la nature et croyons que tout ce que nous avons nous appartient. Beaucoup de personnes sont très agressives vis-à-vis des plantes, des animaux et des minéraux et aussi envers leurs prochains.

Avec une grande adresse, ils volent la nature, ils l'exploitent et construisent leurs empires. Ils amassent la richesse autour d'eux-mêmes et en justifient la possession par leur pouvoir, sans sagesse cependant. Lorsque l’adresse est réunie avec la sagesse, on utilise les ressources naturelles pour le bien-être de tous.

Nous nous sommes éloignés de la nature dans beaucoup de domaines. On nous dit constamment que les vêtements synthétiques et une nourriture spécialement enrichie sont meilleurs, d'autres affirment que les produits naturels sont meilleurs. Nous devons utiliser notre discernement et savoir ce qui est naturel et ce qui est artificiel et quelles choses sont naturellement faites par les hommes.

Nous devrions rechercher la proximité de la nature qui corrige les déviances produites par la vie urbaine. Un air pur et une eau bonne, des fleurs, le lever et le coucher du soleil dans la nature sont une richesse qu'il n'y a pas dans les grandes villes.


 

Vivre selon le plan

La nature élabore son plan à travers les êtres. Par ignorance de celui-ci nous travaillons d’après nos propres idées, pour notre propre avantage, et nous nous embrouillons dans des complications. En suivant attentivement ce que la nature prévoit - en attendant et réagissant selon les situations - nous suivons le courant. Nous ne devons pas saisir tout ce qui se présente à nous, aller n'importe où, ou nous mêler de quelque chose et donner un conseil sans y être invité. La nature nous recommande de vivre toujours sans choisir et, dans la mesure du possible, de rester neutre par rapport aux événements. Elle sait mieux ce qui est correct pour nous, elle nous montrera ce qui doit être fait et nous procurera les situations qui nous sont indispensables. C'est le meilleur chemin.

Si nous connaissons ce secret de l'activité de la nature à travers le temps, nous apprenons peu à peu à neutraliser notre nature individuelle et à vivre suivant notre nature supérieure. Nous ne sommes plus dépendant de notre nature individuelle. Nous pouvons nous mouvoir naturellement tout à fait librement, en accord avec la lumière de la nature originelle qui existe en nous. En nous efforçant de voir constamment l'Un en tout, ‘emprise de la nature sur nous s’estompe progressivement.

Sources: K.P. Kumar: Sankya – The Sacred Doctrine / div. notices de séminaires / E. Krishnamacharya: Lessons on the Yoga of Patanjali. World Teacher Trust (www.worldteachertrust.org)