Naos

 

Dieu dit alors à Moïse : " Je suis celui qui suis ". Et Il ajouta : Tu répondras ainsi aux enfants d'Israël : " Je suis " m'envoie vers vous. (Exode III, 14)

 

Science profane et science sacrée

Dans les chapitres précédents, nous avons vu comment des hommes, divinement inspirés par un schéma préexistant au processus de la Création, avaient pu dénouer les fils conduisant aux mystères cachés de la Nature et de la Science.

On l'aura compris, il ne s'agit en aucune façon de dresser une liste exhaustive de ces mystères cachés, mais d'étudier deux voies qui nous sont familières et qui en éclairent, pour la plupart, la signification : le pythagorisme et l'hermétisme, sciences sacrées de la Grande Tradition. Cette Grande Tradition (avec un grand Thau) est la Tradition Primordiale qui remonte au Principe même du Grand Tout. Or le Principe est UN… et le Grand TOUT aussi. Pris dans ce sens, le terme UN est d'ailleurs assez impropre. C'est l'idée d'UNITE qui semble la mieux appropriée, puisqu'elle renferme à elle seule les deux notions concomitantes d'unité singulière du Principe ( 1 ) et d'unité plurielle du Grand Tout ( 1 + 1 + 1 + … + 1 = 1 ). Ecoutons à ce propos Hermès dans l'un des chapitres des " Poïmandres " : " Rien n'existe sans principe. Quant au principe, il n'est sorti de rien si ce n'est de lui-même puisqu'il est principe de tout le reste. Etant donc principe, la monade comprend tout nombre, sans être comprise en aucun d'eux ". On comprend mieux maintenant l'origine de la mystique pythagoricienne du nombre et le vrai sens du bereschit de la Genèse, c'est-à-dire " en principe ", plus communément traduit par " au commencement ".

Dans ce sens φ, Nombre d'Or, n'est pas, comme on pouvait s'en douter, un nombre divin. Pas plus que la Pierre Philosophale n'est substance divine. L'un comme l'autre sont le fruit d'un long apprentissage de l'esprit humain, d'une recherche éclairée. Le but suprême étant de remonter à la véritable Source de lumière… Si la proportion dorée fut nommée Divine Proportion et l'Alchimie Sainte Science, elles n'ont jamais prétendu pour autant expliquer en substance le grand mystère du Créateur. Elles portent tout simplement la marque d'un principe commun avec le Grand Œuvre Divin, celui de consubstantialité, c'est-à-dire d'interpénétration des essences telle que, à elles toutes, elles n'en forment qu'une seule. C'est en ce sens qu'elles sont qualifiées de " divines " parce que révélatrices, au travers de la consubstantialité des éléments qu'elles réunissent, de l'Harmonie du monde d'en-bas réalisée à l'image de celle du monde d'En-Haut, Harmonie dans laquelle resplendit la Beauté qui est elle-même puissance du Beau. Et la Beauté se trouve partout dans l'Univers… Elle est dans l'Arbre de Vie dont jaillit la source d'eau claire, l'agent salin qui, après avoir épuré les constituants de la Minière, les sublimera et permettra au Fils d'Hermès de réaliser en 28 mois philosophiques (durée hermétique du Grand Œuvre) ce que la nature a mis des millions d'années à accomplir ! Elle se cache dans le triangle et le rectangle d'or, dans le pentagramme étoilé du Maître de Samos, elle se montre en pleine lumière dans leurs vivantes manifestations. Elle témoigne. Les sciences sacrées de la Grande Tradition sont des sciences de " témoignage "… et de transmission du témoin entre esprits éclairés, comme la flamme olympique passant de main en main et, lors de son ultime voyage, gravissant l'Echelle de Jacob jusqu'à la vasque de l'Eternelle Lumière, étoile flamboyante d'amour. C'est tout ce qui les distingue des sciences dites " profanes " qui ont perdu le témoin, délaissé le " pourquoi " au seul profit du " comment " en involuant dans la matière.

La Franc-Maçonnerie n'est pas une science, mais un art. Le Franc-Maçon le sait bien, lui qui n'est pas un savant. Ou, du moins, ne se considère-t-il pas a priori comme tel. Que sait-il, au juste ? Qu'il est un homme, tout simplement, ni meilleur ni plus mauvais qu'un autre. Avec, cependant, un petit plus imperceptible au fond de l'âme : la grâce d'une lumière transmise le soir béni de son Initiation. Depuis, il est en état permanent de conscience. Il veille. Il s'émerveille aussi, en toute liberté, au grand spectacle de l'Univers. Comme ses Anciens Frères Opératifs, il en glorifie le Grand Metteur en Scène, en Lui restituant l'essence de son propre travail d'artiste. Il rend " Hommage ". En même temps, il essaie de comprendre. Comprendre la véritable signification du témoin, du " flambeau " passé avant lui de main en main, de cœur en cœur, d'esprit en esprit. Aussi loin que remonte la mémoire des hommes, un seul mot semble convenir : la Sagesse. Hermès et Pythagore (entre autres) étaient de véritables Maîtres, car ils savaient maîtriser la Sagesse du Monde. Pour ne pas l'avoir compris, l'Homme orgueilleux est devenu l'esclave de son propre génie créatif. Il en paye aujourd'hui très durement le prix. A quoi bon, dès lors, rappeler au monde profane ce mot sacré qu'il a définitivement rayé de son vocabulaire ? Il ne comprendrait pas. Alors, le Franc-Maçon lui propose un mot substitué : l'éthique. L'éthique, c'est le rappel de la loi morale tracée au cordeau de la conscience des hommes. Une sorte de ligne jaune à ne pas franchir. C'est toujours mieux que rien. Mais pour le Franc-Maçon de Tradition, la vraie sagesse est ailleurs… La vraie sagesse est Lumière de Dieu. Elle est infinie, elle n'a aucune limite. Où donc en est la source ? Peut-être pas aussi loin qu'il le pense. Au Centre des Centres, le Saint des Saints de son temple intérieur. Au plus profond des ténèbres de l'Inconnaissable.

Or rien de connu n'existe qui ne soit " prononcé ". C'est la loi primordiale de la Création. Inimaginable puissance du Verbe ! C'est là, oui, c'est sûrement là que réside le grand secret de la Sagesse et de l'Harmonie du Monde. Dans le Verbe, au " point de prononciation " où se confondent l'Alpha et l'Omega, le premier et le dernier des " mots de puissance ". Dans le JE SUIS CELUI QUI SUIS. Le Saint Nom de Dieu Lui-même.

 

Le Verbe, fondement de la science kabbalistique

Dieu nomme. Dieu crée. La Pensée Divine se formule dans le nom et se manifeste dans la création. Elle s'exprime par le Verbe, acte volitif et dynamique. En hébreu, le verbe dire est synonyme de créer. Dieu dit ce qu'Il fait, Dieu fait ce qu'Il dit. C'est le principe premier de la Trinité : Pensée Divine, Verbe émané de la Pensée, Création émanée du Verbe. Il est à la base de toutes les religions anciennes et semble trouver son accomplissement dans la Sainte Trinité de l'Evangile Johannique : Dieu Père, Verbe Fils, Vie Saint-Esprit.

Dieu ayant créé l'homme à son image lui attribua, par définition, le pouvoir de créer par le Verbe. Selon la tradition orale, la langue primitive, dite " langue adamique " ou wattan dont se servit Adam pour objectiver l'Œuvre du Créateur, possédait les qualités du Verbe. Le Verbe était une action volitive ébranlant les éléments par des vibrations sonores. L'usage du Verbe créateur, les combinaisons des ondes pour donner le jour à la forme inhérente à l'idée, se transmettaient par la tradition orale dans les sanctuaires. C'est ainsi que fut créé le rituel religieux dont les particularités se conservèrent dans les divers cultes (chants, paroles scandées, signes, gestuelle). Un moment vint où l'homme, livré à ses instincts, perdit le Verbe créateur et la faculté de comprendre la Nature. Sa parole devint un son vide et discordant dans le concert de l'Harmonie Universelle. Il ne pouvait plus créer, mais modeler à la sueur de son front le limon de la terre, matière morte, privée d'âme vivante. L'idée, cette Etincelle Divine, restait en germe, en principe, et ne revêtait aucune forme. C'est alors que furent imaginés les hiéroglyphes. D'abord sous la forme de pictogrammes pour représenter les objets du monde visible, puis d'idéogrammes pour représenter des pensées abstraites. Plus tard fut inventée l'écriture hiératique où les mots se composaient de lettres, c'est-à-dire de hiéroglyphes stylisés. L'écriture hiératique sortit des temples égyptiens. Son alphabet était strictement composé d'après les lois fondamentales de l'Univers. Moïse, Grand Initié des Sanctuaires d'Egypte, l'adopta avec la doctrine dont il fit la base de son enseignement. Les guerres et les malheurs du peuple d'Israël mirent en danger cet alphabet sacré, à tel point qu'il fut perdu, ainsi que la tradition orale, pendant la captivité de Babylone. Grâce aux prophètes Daniel et Esdras, une partie de cette tradition put être reconstituée, mais l'alphabet hiéroglyphique fut déformé. Les Phéniciens l'exportèrent en Europe. Les Grecs l'adaptèrent en respectant au plus près la phonétique et la valeur numérique des lettres (l'écriture " chiffrée " du nombre n'existait pas encore). Les Romains le vidèrent de tout son sens dans la langue latine. Ainsi disparut ce qui, depuis des millénaires, se passait de main en main, le témoin, le kebbel.

La Kabbale est la science du Verbe. Son maître à penser est l'Eternel, son champ d'application est l'Infini. Vouloir la résumer, encore moins la traiter, en quelques pages serait donc pure folie. Nous ne pouvons qu'en exposer certaines bases nécessaires à sa compréhension, en espérant ne pas oublier l'essentiel. Que les " spécialistes " veuillent bien, par avance, nous en excuser.

La science kabbalistique comporte, dans sa partie théorique, plusieurs livres : - La Tora qui contient la Machora (science occulte des lettres) et la Michna (science des lois) - Le Talmud qui énonce les lois proprement dites - Le Sepher Ietzirah ou Livre de la Sagesse - Le Sepher Ha Zohar ou Livre de la Splendeur, le "Char Céleste"

Dans la kabbale hébraïque (qu'il ne faut pas confondre avec la cabale hermétique, dont nous avons déjà parlé et qui, elle, est une véritable langue), trois interprétations possibles peuvent être découvertes en chaque mot sacré : - la première, dite Gématria, qui comporte l'analyse de la valeur numérale ou arithmétique de chaque mot - la seconde, dite Notarikon, qui établit la signification de chaque lettre considérée séparément - la troisième, dite Thémurah, qui emploie certaines permutations ou transpositions de lettres

Les Saintes Ecritures nous révèlent que Dieu, Grand Architecte de l'Univers, créa toutes choses avec mesure et pondération. C'est peut-être ce qui induit le mieux l'idée de " l'ordre et la symétrie de l'ensemble de la Création ", telle que nous l'évoquions dans la Planche Tracée du Premier Grade, au tout début de notre recherche sur la définition de l'Harmonie. Le Verbe Créateur, et c'est là le trait caractéristique de la science kabbalistique, contient en lui-même une harmonie, une consubstantialité totale entre le nom et le nom-bre. Pour mieux le comprendre, commençons, comme d'habitude… par le " commencement ".

 

LE PREMIER NOMBRE

La première proportion du compas, c'est-à-dire la première figure géométrique qui lui est associée, symbolise…le nombre 1O. Pour réaliser un cercle, il faut nécessairement s'appuyer sur UN point sans lequel on ne peut agir. Ce point est le " centre du cercle dont chaque point de la circonférence est équidistant ". Comme il y a un infinité de points constituant le cercle, le point central, nombre UN ou Unité-Principe, est le nombre générateur de l'infinité des unités qui procèdent de lui. En dissociant linéairement le point central ( . ) et le cercle ( O ) généré par lui, on obtient le nombre point-cercle . O (1O, dix), qui est le nombre de l'infini réalisé. Dès lors, si nous enlevons le point central à l'intérieur du cercle, nous obtenons un cercle fictif, purement imaginaire car irréalisable. C'est le seul moyen dont nous disposons pour exprimer le zéro, c'est-à-dire un cercle fictif sans rien dedans ! En ré-associant le un ( 1 ) et le zéro ( O ) dans le nombre 1O, on obtient ainsi 1 + O = 1 Nombre de l'infini réalisé, 1O est aussi celui du retour à l'Unité-Principe. Mathématiquement, c'est la base du système décimal. Kabbalistiquement, c'est l'unité dans le multiple et le retour du multiple dans l'unité, loi fondamentale de l'Harmonie Universelle.

 

LA PREMIERE LETTRE

" Et l'Esprit de Dieu se penchait au-dessus des eaux "

La masse inerte, passive et froide des eaux du chaos originel est représentée par une ligne droite. L'Esprit de Dieu qui plane au-dessus de cette ligne est figuré par le iod (en hébreu י ), symbole de toute puissance manifestée en même temps que celui de l'éternité, c'est-à-dire de la vie sans fin des choses créées.

 

a1

L'acte créateur est le premier choc de l'Esprit de Dieu (éther) dans la masse inerte des eaux, celui du iod-principe vivifiant qui sort la masse inerte de l'état passif et la met en mouvement.

 a2

Le choc premier du principe vivifiant dans la matière inerte l'anime et fait jaillir le feu, second iod, porteur à son tour d'un germe qui doit donner naissance à la vie éternellement renouvelable.

a3

Ce hiéroglyphe contient en lui-même les trois éléments de la matière (air-éther, eau, feu) ou le principe du ternaire primitif, autrement dit du premier dédoublement idéal et équilibré. Il est l'Aleph, première des 22 lettres sacrées de l'alphabet hébreu.

 a4

Aleph (alif en arabe, alpha en grec) représente le dynamisme créateur éternel, le Verbe. Comme telle, elle contient tout ce qui fut créé par Dieu, et donc tout ce qui peut être exprimé par l'Homme.

 

LE SCHEMA

Première de toutes les lettres, Aleph est la lettre-nombre initiale au sommet des dix Séphiroth, nombres élémentaires et constitutifs du système décimal. Elle est aussi, comme nous venons de le voir, la première lettre-mère, Aer, air ou éther, née du iod et unie dans le ternaire primitif à l'élément eau et à l'élément feu. Aleph, mem, schin : Aleph souffle (éther), mem muette (eau), schin sifflante (feu) Aleph, mem, schin : trois lettres-mères, Parole de Dieu Aleph, mem, schin : א מ ש, en hébreu, et lu de droite à gauche : schin, mem, Aleph SCHhh-in, Mmm-em, Ahh-leph : SCHMA ou SCHEMA

Tel est le schéma ou Ternaire Divin d'engendrement préalable au processus de la Création, que nous évoquons depuis le début de notre étude, paradigme du triangle générateur des nombres pythagoriciens et des trois constituants (corps sulfureux, âme mercurielle, esprit salin) de la materia prima du Grand Œuvre Philosophal. De là vient le Schema Hamphorasch, ou Schem Hammephorasch selon les kabbalistes, qui signifie " Nom bien prononcé et bien expliqué " par le Grand Prêtre du Temple de Salomon, une fois l'an, le grand jour de l'expiation des péchés.

 

LE TETRAGRAMME

Personne ne connaît Dieu dans Son essence si ce n'est Lui-même. La Science absolue est dans l'intelligence de Son Nom et dans la connaissance des noms divins qui se forment de Lui.

Le Schema ou nom incommunicable est formé de quatre lettres. Toute la puissance est dans une seule, Iod Son reflet est dans une autre, Hé Il s'explique par la troisième, Vau Il se féconde par la quatrième, Hé

Ces quatre lettres sacrées forment le Tétragramme que l'on peut représenter ainsi :

 Au premier coup d'œil, nous reconnaissons la Tétractys pythagoricienne et le schéma hermétique du Grand Œuvre. Il convient cependant d'en faire une double lecture. La première, ternaire, où l'Eternel inaccessible est au plus haut de l'Echelle Divine. La deuxième, quaternaire, où Dieu, en involuant au plus près de l'Homme, s'est révélé à lui.

Dans ce sens, et au regard de la Trinité Hébraïque :

י , Iod, I est le Dieu d'Abraham (Ab, le Père, Ibrahim en arabe)

י ה , Iod Hé, IE ou IAh est le Dieu d'IsAac (le Fils engendré)

י ה ו , Iod Hé Vau, IEV ou IAhO est le Dieu de IAcOb (Jacob, l'Esprit Saint)

Iod, Iod Hé, Iod Hé Vau I, IE, IEV I, IAH, IAHO Ainsi se développe l'indicible, l'imprononçable, la divine et première triangulation.

L'adjonction du Hé final et fécondant est le signe de Dieu " accessible " à l'Homme. י ה ו ה , Iod Hé Vau Hé, IEVE ou IAhOuHE est le Dieu de Moïse, apparu dans le Buisson Ardent et qui dicta de Sa main les Dix Commandements.

Iod Hé Vau Hé i, a, ou, é ou i, é, ou, a IEVE, YAHWEH, JEOVAH est le Nom de Dieu révélé dans le Volume de la Sainte Loi, le Grand Architecte de l'Univers, Dieu de toutes les Nations qui écrivirent et écrivent encore Son Nom en quatre lettres saintes : Teos (Zeus) en Grec, Deus en Latin, Dios en Espagnol, Dieu en Français, Goth (devenu Gott) en Allemand, Good (devenu God) en Anglais, Al-lA (Allah) dans le Saint Coran etc. Le Nom mystérieux en trois lettres (IEV) est celui du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu unique des trois religions abrahamiques : Judaïsme, Christianisme et Islam. Le Nom révélé (JE SUIS CELUI QUI SUIS, IEVE, le PERE, ALLAh) en quatre lettres est celui annoncé aux hommes par la bouche des Trois Grands Prophètes : Moïse, Jésus et Muhammad.

 

Les 32 voies de la Sagesse

" C'est par trente-deux voies, belles, sages, que Jah, Ieve Tsebaoth, Dieu d'Israël, Dieu Vivant et Roi Eternel, El-Schaddaï, Miséricordieux, Pardonnant, Elevé, séjournant dans l'Eternité, dont le Nom est haut et saint, traça l'Univers par trois Sepharim (numérations) : Sepher, Siphor et Sipour. "

Dix nombres immatériels (Sephiroth). Vingt-deux lettres du fondement : trois mères, sept doubles, douze simples. "

Dix nombres immatériels : dix et non neuf, dix et non onze. Comprends par ton entendement et entends par ta compréhension. Mets-les à l'épreuve, scrute-les, pose-les chacun comme il faut et mets le Créateur à sa place. "

Dix nombres immatériels, dix qualités infinies : la profondeur du commencement, la profondeur de la fin, la profondeur du bien, la profondeur du mal, la profondeur de la hauteur, la profondeur de la profondeur, la profondeur de l'Orient, la profondeur de l'Occident, la profondeur du Nord, la profondeur du Sud. Seul Notre Seigneur Dieu, Roi Fidèle, règne au-dessus de tous dans sa demeure, dans l'Eternité. "

Dix nombres immatériels : leur fin est en puissance d'être dans leur commencement, car Dieu est seul et Il n'a pas de second, et quel nombre peux-tu nommer avant Un ? "

Dix nombres immatériels : le premier " l'Esprit du Dieu vivant ", le deuxième " le Souffle de l'Esprit (Ether) ", le troisième " l'Eau de l'Ether ", le quatrième " le Feu de l'Eau ". Les six autres pour les six directions de l'espace : la Hauteur vers le haut, la Profondeur vers le bas, l'Orient vers l'avant, l'Occident vers l'arrière, le Sud vers la droite et le Nord vers la gauche. "

Vingt-deux lettres de fondation : trois mères, sept doubles et douze simples. Il les traça, les façonna, organisa leurs combinaisons et leurs permutations, et créa par elles tout ce qui est créé et tout ce qui doit être créé. "

Trois mères : Aleph, mem, schin. Leur trait fondamental : la coupe de la justesse, la coupe de la culpabilité et la loi qui établit l'équilibre entre elles. " Trois mères : Aleph, mem, schin : mem muette, schin sifflante et Aleph éther qui fixe l'équilibre entre elles. "

Trois mères : Aleph, mem, schin dans l'Univers. Ce sont l'air, l'eau et le feu. Le ciel est créé du feu, la terre de l'eau et l'eau de l'éther qui tient l'équilibre entre eux. "

Trois mères : Aleph, mem, schin dans le corps de l'homme et de la femme : la tête, le ventre et la poitrine. La tête est créée du feu, le ventre de l'eau et la poitrine de l'éther qui tient le milieu entre eux. "

Sept doubles : beth, gimel, daleth, kaph, phé, resh, tau. Selon leur prononciation : la sagesse ou la bêtise, la richesse ou la pauvreté, la fécondité ou la stérilité, la vie ou la mort, la domination ou l'esclavage, la paix ou la guerre, la beauté ou la laideur. "

Sept doubles : beth, gimel, daleth, kaph, phé, resh, tau. Sept et non six, sept et non huit. Le haut et le bas, l'orient et l'occident, le nord et le sud, et le Saint Temple au centre qui soutient tout. "

Sept doubles : beth, gimel, daleth, kaph, phé, resh, tau. Examine-les, pose-les comme il faut et mets le Créateur à sa place. "

Sept doubles : beth, gimel, daleth, kaph, phé, resh, tau. Il les traça, les façonna, organisa leurs combinaisons et leurs permutations, et créa par elles sept étoiles dans le monde (Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune), sept jours dans le temps et sept portes dans le corps de l'homme et de la femme : deux yeux, deux oreilles, deux narines et la bouche. "

Douze simples: hé, vau, zaïn, heth, teth, iod, lamed, nun, samech, aïn, tsadé, koph. Leur fondement : la parole, la pensée, la marche, la vue, l'ouïe, l'action, la copulation, l'odorat, le sommeil, la colère, l'appétit, le rire. "

Douze simples : hé, vau, zaïn, heth, teth, iod, lamed, nun, samech, aïn, tsadé, koph. Il les traça, les façonna, organisa leurs combinaisons et leurs permutations, et créa par elles les douze signes du Zodiaque dans le monde, les douze mois de l'année dans le temps et les douze guides dans le corps de l'homme et de la femme : deux mains, deux pieds, huit organes et viscères. "

 

Voici donc condensées (autant que faire se peut) les 32 voies de la Sagesse, telles qu'elles sont écrites dans le Sepher Ietzirah. 10 nombres, 22 lettres. Total : 32

Nous avons déjà vu l'origine de la numération décimale. Nous y reviendrons.

Mais, tout d'abord, pourquoi 22 lettres, dont 3 mères, 7 doubles et 12 simples ?

Le Verbe Créateur, l'Aleph, émane de l'Unité principielle iod qui se développe dans le Ternaire Divin, le schema primordial et mystérieux.

Toute création émanée du Verbe relève donc, " par nécessité ", du Quaternaire (3 + 1). C'est le passage du Iod Hé Vau, Ternaire spirituel, au Iod Hé Vau Hé, Quaternaire de réalisation cosmique.

L'Involution Divine, c'est-à-dire la " pénétration " de l'Esprit Divin au plus profond de la Création, se fait par addition (3 + 4 = 7) et multiplication (3 x 4 = 12) du Ternaire dans le Quaternaire.

Ternaire, Septénaire et Duodénaire sont donc, selon les kabbalistes, les trois rythmes majeurs de l'Harmonie du Monde, exprimés dans les 22 lettres de l'alphabet sacré.

 

LE TERNAIRE

Le Ternaire est un " binaire équilibré " par la Loi qui maintient la stabilité entre les pôles opposés (coupe de la justesse et coupe de la culpabilité). Le + et le - sous l'Unité-Principe génératrice. Ce sont aussi les trois étapes de la Création involutive (pénétrante) dans le Macrocosme et leur reflet respectif dans le Microcosme, l'Homme, prototype de l'Univers :

 

involution évolution

 

Selon le Sepher Ietzirah, le siège de chacun de ces trois mondes est attribué, dans l'Homme, à la tête créée du feu (esprit), au ventre créé de l'eau (corps) et à la poitrine créée de l'éther (âme) qui " tient l'équilibre entre eux ". C'est le développement de l'Aleph dans l'Adam. Intelligence en haut, énergie en bas, cœur au milieu. Sagesse de l'esprit, Force du corps et Beauté de l'âme. Quod superius tot usque inferius. L'harmonie du monde d'en-bas est bien à l'image de celle du Monde d'En-Haut.

 

LE SEPTENAIRE

C'est le cycle de la Vie commencée par l'Aleph (Alpha) et recommencée par le Tau (Omega). Les Sept Portes dans le corps de l'homme et de la femme sont les ouvertures par lesquelles cette vie s'engouffre, se ressent, s'exhale et s'exalte. Elles forment la zone du schin. C'est le monde astronomique des Sept Planètes et leur correspondance dans le cycle du Temps : Lundi pour la Lune, Mardi pour Mars, Mercredi pour Mercure, Jeudi pour Jupiter, Vendredi pour Vénus, Samedi pour Saturne et Dimanche pour le Soleil. On peut y ajouter les sept couleurs du spectre, les sept notes de la gamme musicale etc. Chaque lettre des sept est nommée double, car elle porte en elle le + et le -, la qualité et le défaut. Nous sommes dans le monde du libre arbitre, de l'initiative humaine qui peut orienter un événement vers le + ou le - selon la conscience. Conscience de quoi, conscience de Qui ? " Sept et non six, sept et non huit. Examine-les, pose-les comme il faut et mets le Créateur à sa place : le haut et le bas, l'orient et l'occident, le nord et le sud, et le Saint Temple au centre qui soutient tout. "

 

 

IEV

 

IEV, EVI, IVE, EIV, VEI, VIE : les 6 anagrammes du Nom mystérieux IEV, opposés deux à deux, indiquent les 6 directions de l'espace. Au centre, le Kadosch Hakodaschim, le Saint des Saints, où le Nom révélé se " prononce ". Ce Centre des Centres était celui du Temple du Roi Salomon, il est aussi celui du Temple Maçonnique et du temple intérieur du Franc-Maçon.

" Les us et coutumes des Francs-Maçons ont toujours eu une grande affinité avec ceux des Anciens Egyptiens… / … la forme de la Loge est un parallélépipède s'étendant en longueur le l'Est à l'Ouest, en largeur entre le Nord et le Sud, et en hauteur depuis la surface de la Terre jusqu'à son centre et même aussi haut que les Cieux… ". En enracinant d'emblée la Franc-Maçonnerie de Tradition dans le creuset de l'Ancienne Egypte et en affirmant aussitôt son universalité à l'image de celle du Grand Architecte, la Planche Tracée du Premier Grade se révèle, sans le dire, profondément kabbalistique !

 

LE DUODENAIRE

Les douze simples représentent les quatre trigones du Zodiaque dans le Macrocosme. Nous sortons du monde astronomique pour entrer dans le monde astrologique. En ce sens, les douze simples ne sont pas équilibrées sur un point quelconque, car leur stabilité est naturelle et leurs rapports mutuels sont fixés immuablement. Elles forment la zone du mem dans laquelle viennent se développer les manifestations de la vie. Ici, plus de libre-arbitre, de + ou de -, le déterminisme est invariable. C'est la soumission naturelle aux lois de la Divine Providence.

Le nombre 12 se décline constamment dans les Saintes Ecritures : les Douze Tribus d'Israël, les Douze Apôtres du Christ, les Douze Portes de la Jérusalem Céleste, les Douze Imam … Ce sont aussi les douze havioth, anagrammes de IEVE, le Nom révélé, gravées sur les douze pierres mystérieuses qui ornaient le pectoral du Grand Prêtre, et à l'aide desquelles il obtenait les oracles (Exode XXVIII, 17 et suivants).

Vingt-deux lettres pour chanter la beauté de l'Infini, la profondeur de la profondeur… Ce n'est plus de la science, c'est de la poésie.

 

 

LES DIX SEPHIROTH

dix sephiroth

 

Le tableau des 22 lettres sacrées de l'alphabet hébreu peut se lire de deux façons :

- horizontalement en trois lignes représentant successivement de l'Aleph au teth les 9 unités, du iod au tsadé les 9 dizaines et du koph au tsadé final, en passant par le thau, les 9 centaines élémentaires, conformément au système de numération décimale. Ce sont les trois zones des trois lettres-mères, de l'Aleph, du mem et du schin, c'est-à-dire du monde invisible (nechama), du monde visible (rouach) et du monde élémentaire (nephesch) sur chacun desquels règnent les différents ordres des anges ou émanations divines : . les intelligences souveraines recevant les influences de la lumière éternelle attribuée au Père de qui tout émane (première ligne) . les intelligences du monde astrologique attribué au Fils, divine Sagesse maintenant l'ordre et l'harmonie de l'Univers (deuxième ligne) . les intelligences du monde astronomique attribué au Saint-Esprit, souverain Etre des êtres qui donne l'âme et la vie à toutes les créatures (troisième ligne)

- verticalement en neuf colonnes lues de droite à gauche et représentant, de l'Aleph au teth, les neuf lettres-nombres élémentaires qui se déclinent respectivement dans chacune des trois zones horizontales, suivant ainsi le divin principe trinitaire (1 point pour les unités, 2 points pour les dizaines, 3 points pour les centaines). Il n'en fallait pas plus aux kabbalistes pour réaliser une lecture croisée de ce tableau et sceller la consubstantialité des lignes et des colonnes dans une nouvelle grille, appelée Aïn BeCar, qui, comme son nom l'indique, est un " ABéCédaire " sacré ressemblant étrangement… à l'alphabet secret des Francs-Maçons !

 alphabet valeur numérique

Toute la Création est concentrée dans cette grille un peu obscure. Mais une fois décomposée, elle nous aide à y voir plus clair dans l'immensité du Grand Œuvre Divin. Ici encore, une double interprétation peut en être faite :

- la première, chronologique, nous montre le déroulement de la création symbolique de l'Univers, les noms divins, les signes et les nombres correspondants.

- la deuxième interprétation, sephirique, plus connue et plus représentative de la science kabbalistique, est l'Arbre Séphirotique qui symbolise l'Involution Divine, autrement dit la pénétration " en profondeur " de l'Esprit Divin dans la Création avec, à chaque niveau, les noms et les attributs correspondants, émanations du Principe Absolu.

nombre principe nom divin

                          

Sur le tableau de gauche, les trois premières séphires (ou séphiroth) sont dites " de création ". Elles représentent le fameux schéma préalable que nous ne cessons de rappeler depuis le début de notre étude (unité principielle, dédoublement, équilibre). Les six autres, formées de deux groupes de trois, sont dites " de formation ". La dixième et dernière, dite " de réalisation ", ne figure pas sur le tableau car elle symbolise le retour à l'Unité-Principe. Il est intéressant, a ce propos, d'examiner les premiers versets du Chapitre II de la Genèse en utilisant la technique du Notarikon : "les cieux furent achevés le sixième jour"

Haschamaim Waiekullou Haschischi Yom

Lus de droite à gauche, nous y reconnaissons le Tétragramme Iod He Vau Hé (YHWH) à travers les initiales de chaque mot, annonçant ainsi le " quaternaire divin " du Septième Jour (3 + 4) et la dixième séphire de réalisation cosmique.

 

arbre de vie

Dans l'arbre séphirique, on reconnaît les trois séphires de création sous la forme d'un triangle pointé vers le haut, ainsi que les six autres de formation regroupées en deux triangles pointés vers le bas, confirmant par là-même le sens de l'involution de l'Esprit Divin jusqu'à la dixième séphire de réalisation, qui figure bien ici en dernière place pour marquer la fin du monde angélique. Parmi les divins attributs représentés, le Franc-Maçon de Tradition aura tout de suite repéré Sagesse (Hochma), Force (Gebourah) et Beauté (Tipheret), les trois Grands Piliers soutenant la Loge Maçonnique. Aussi nous a-t-il paru intéressant de nous arrêter, une fois encore, sur la Planche Tracée du Premier Grade. Chacun, bien sûr, pourra se forger une opinion en fonction de son Rite et de ses connaissances, mais il faut bien avouer que l'analogie était tentante !

 trois piliers

          

 

troi spiliers2

 

Nous bornerons notre commentaire à trois réflexions simples mais importantes, car elles expliquent bien des choses et conditionnent tout ce qui va suivre :

- il existe, à l'évidence, un axe commun. Dans l'Arbre Séphirique, de Kether (la Couronne, séphire 1) à Malkout (le Royaume, séphire 10), cet axe passe par Tipheret (la Beauté, séphire 6) et Iesod (l'Equilibre, séphire 9). Beauté, Equilibre… Harmonie. Harmonie entre les deux mondes, celui d'En-Haut et celui d'en-bas. Dans la Planche Tracée du Premier Grade, l'Echelle de Jacob, des Trois Grandes Lumières à l'Etoile Flamboyante, trace la " voie " directe entre les Saintes Ecritures (disposées sur la Chaire du Vénérable Maître, humble représentant du Roi Salomon) et le Trône de la Grâce.

- les trois triangles sont orientés vers le Très-Haut pour exprimer l'idée d'Evolution, seule " réponse spirituelle " à l'Involution Divine.

- l'Evolution (élévation) apparaît dès lors comme le reflet, l'image inverse de l'Involution… à l'instar du Temple Maçonnique, reflet du Temple de Salomon.

 

Adam retrouvé

ATouM, ABraM, ADaM… Ces trois noms sacrés résonnent à notre oreille de manière identique. Ils commencent tous par la lettre-mère Aleph et se terminent par le Mem final. Ce sont des noms géniteurs.

- ATouM, c'est l'explosion créatrice surgie du NOuN dont la double négation rappelle le chaos primordial, le NON-être, l'incréé. La Création, elle, est continue et universelle. Elle se génère dans l'Aleph, l'Alpha, et se régénère dans le Thau, l'Omega. - ABraM, c'est Ab, le père, celui des trois religions du Livre. L'adjonction du Hé fécondant fera de lui Abra-ha-m par la volonté de YHWH qui le fit " père d'une foule de peuples " (Genèse XVII, 5). - ADaM est le père de l'Humanité.

Concernant ce dernier, il semblerait logique, en Gématrie, de développer son nom comme suit : A-leph = 1, D-aleth = 4, M-em final = 600, total 605 = 11 = 2 Or la kabbale le développe ainsi : A-leph = 1, D-aleth = 4, M-em simple = 40, total 45 = 9 correspondant à la neuvième séphire du Sixième Jour (voir tableau). Y aurait-il donc deux Adam ? C'est ce que nous allons tenter de comprendre.

L'ADaM avec un grand M, le Mem final synonyme d'accomplissement et de plénitude, c'est l'Adam Kadmon, le Fils engendré, le Premier-né, l'Androgyne, l'Etre Parfait… l'Homme-Dieu réalisé " à l'image " du Créateur lorsque, par la manifestation de Sa seule volonté, " la Face décida de contempler la Face ". Il est bien le 2, contraction du 11, symbole de l'Unité-Principe face à son reflet. L'Adam avec un petit m,… c'est l'homme, tout simplement. L'homme de chair et de sang. L'image de l'Image. L'Adam du monde sensible, reflet éphémère de son paradigme, l'AdaM Primordial et éternel du monde absolu, auquel Dieu donna le pouvoir de créer, comme Lui, par le Verbe. On sait ce qu'il advint. Mais par le jeu des miroirs, nous gardons une part de l'Etincelle Divine. Il nous appartient d'en sublimer le feu afin de retrouver le vrai sens du verbe créatif. C'est ce qu'avaient compris, bien avant nous, le Maître Bâtisseur et le Maître Spagyriste, élevés tous deux à l'école pythagoricienne et hermétiste : - Adam est matière, nombre sensible et mesurable, Pierre Brute et Pierre des Philosophes, corps terrestre. - AdaM est esprit, Nombre Pur et absolu, Pierre Cubique et Pierre Philosophale, corps céleste.

Dès lors, la voie était toute tracée : remonter de l'impur vers le Pur, de l'Adam terrestre à l'AdaM céleste, répondre à l'involution par l'évolution, c'est-à-dire l'élévation de l'esprit, passage obligé de l'immanence à la transcendance. Hermès et Pythagore en avaient déjà déterminé les principes. La Franc-Maçonnerie en fournira les outils : l'Equerre et le Compas.

Nous avons essayé de retrouver les deux ADAM dans le Temple. Deux remarques préliminaires s'imposent cependant :

1°) La plupart des kabbalistes représentent le symbolisme adamique dans le seul Temple de Salomon, ce qui les conduit parfois à des résultats quelque peu déconcertants. Ainsi sont-ils amenés, par le jeu des correspondances avec le microcosme, à situer l'Autel des Holocaustes au beau milieu du Sanctuaire !… Peut-être n'avons-nous pas su saisir le message, mais il nous a semblé évident que nous ne pouvions faire l'économie de la consubstantialité " Temple de Salomon/Temple Maçonnique ", le second étant le reflet inverse du premier.

2°) Dans cette perspective, nous avons " redéployé " l'Arbre Séphirique d'une manière différente, comme une double colonne de part et d'autre de l'axe central des DEUX temples. C'est là, reconnaissons-le, une vision très personnelle. Et si elle peut étonner les puristes, elle n'a cependant d'autre but que de rendre les choses plus évidentes au Franc-Maçon.

Homme divin

 

Ainsi apparaît clairement la triple analogie : .

Sagesse (Hochma) de l'Esprit (Nechama) et Saint des Saints (Debir) .

Force (Gebourah) du Corps (Nephesch) et Vestibule (Oulam) ET Parvis-Loge Maçonnique .

Beauté (Tipheret) de l'Ame (Rouach) et Sanctuaire (Hekal)

L'harmonie est totale.

Elle se poursuit dans la structure même des deux Grandes Colonnes, où l'on retrouve la Sagesse et l'Intelligence (Binah) dans la sphère, la Force et la Stabilité (Iesod) dans le fût et la Beauté et la Grâce (Hessed) dans le chapiteau.

Quant aux embases, elles équilibrent le Royaume d'en-bas (Malkout) entre le Calme (Hod) et le Mouvement (Netzah), le Yin et le Yang dans le Tao. Dès lors, l'unité trine des trois Grands Piliers de la Loge Maçonnique se confond avec la trinité une de l'ADAM dans le Temple, véritable " colonne vivante ".

Car, on l'aura compris, ce qui vaut pour l'AdaM céleste du Temple Salomonique (en rouge) vaut pour son reflet, l'Adam terrestre du Temple Maçonnique (en bleu).

Pour l'un comme pour l'autre, on reconnaîtra, le long de l'axe, les trois zones du schin (la tête créée du feu, Saint des Saints), du mem (le ventre créé de l'eau, Vestibule) et de l'Aleph (la poitrine créée de l'air " qui tient l'équilibre entre eux ", Sanctuaire).

Schin, Mem, Aleph : schema.

Le schéma divin se décline dans le Temple et dans l'Homme-Temple.

Enfin, toujours le long de l'axe, on notera que la Septième Porte (la bouche) correspond à l'endroit précis où s'exerce la Parole Divine : l'Arche d'Alliance dans le Saint des Saints et le Volume de la Sainte Loi sur l'Autel de l'Orient Maçonnique.

Ce sont des points de prononciation. De même le cœur marque-t-il l'endroit exact de l'Autel des Parfums dans le Sanctuaire et de l'Autel des Serments (selon les Rites) au centre de la Loge.

N'ayant pas souhaité surcharger le dessin par la superposition des deux ADAM, nous laissons le lecteur entrevoir sans peine les points de génuflexion que constituent les deux Autels, lieux d'offrande, d'humilité devant le Tout-Puissant Créateur et de fidélité à Sa Parole.

Ultime remarque, et non des moindres car elle suscite en nous une intense émotion : comment ne pas reconnaître le Fils de la Veuve, Grand Architecte et Pilier Spirituel du Temple qui en façonna les deux Grandes Colonnes dans les terres glaises du Jourdain, et fit preuve d'une inébranlable fidélité au dépôt sacré qui lui avait été commis ? Et comment ne pas reconnaître son émule, qui le personnifie dans le Temple Maçonnique au cours d'une des plus émouvantes cérémonies que nous offre notre Rituel ?

Il y a là, nous le pensons, matière à une réflexion profonde. Elle conduit le Franc-Maçon spéculatif à la seule voie possible pour retrouver les "mots de la Maîtrise" : la maîtrise des mots.

 

La Parole et le Sens

Abracadabra !

Ce terme kabbalistique contient deux mots hébreux dont l'étymologie se perd dans la nuit des temps : bara (créer) et dabar (la Parole, l'Oracle, qui donna son nom au " Debir ", le Saint des Saints du Temple de Salomon où reposait dans l'ombre la Sainte Arche d'Alliance de Moïse renfermant le Décalogue, c'est-à-dire les " Dix Paroles "). Rien ne saurait mieux définir la Création par le Verbe. Aujourd'hui, hélas, ce mot a perdu toute signification et n'a d'autre but que de faire s'émerveiller les enfants. Nous sommes bien loin de la Haute Magie des Grands Prêtres de l'Ancienne Egypte. Pourtant, nous en avons gardé la trace. Il ne s'agit pas, bien sûr, de jouer les illusionnistes. Mais nous conservons, ancrée au plus profond de notre mémoire collective, l'empreinte première du processus divin de la Création : pensée, verbe émané de la pensée, création émanée du verbe. Le Franc-Maçon de Tradition en fait régulièrement l'expérience dans le Temple Maçonnique. Comment ? Par l'exercice du Rituel. Le Rituel, parole émanée d'une pensée traditionnelle et sémantique, est l'Outil par excellence, la Matière Première de la " création consciente ". Chaque mot y est une pierre liée à l'autre par le ciment de l'esprit créatif. Il est un élément constitutif d'un tout, c'est-à-dire d'un édifice structuré et structurant.

Il n'est pas étonnant, dès lors, que nos Planches, tracées ou à tracer, soient considérées comme de véritables " morceaux d'architecture ". Par le symbolisme initiatique, le Rituel Maçonnique réinvente l'art de bâtir à l'exemple de nos Anciens Frères Opératifs et sert de modèle, de référence, pour la construction de notre temple intérieur. Très paradoxalement ce temple, où siège la Parole Sacrée, est fait de silence. Un silence primitif où germe le sens. Car à l'image de celle du Créateur, notre parole se forge dans le silence de la pensée consciente. Sans cette pensée, elle est vide de sens et n'est que pure spéculation. Sous les pointes du Compas, elle devient spéculation pure, constructive et vivifiante.

Spéculer, c'est donc donner du sens par la parole. Acte volitif, prélude indispensable à l'acte créatif. Et donner du sens, donc tendre vers la création, c'est offrir. Mieux encore : dédier. " Daigne, Père Tout-Puissant, Maître Suprême de l'Univers, étendre Ta protection sur nos Travaux et accorder à ce candidat à la Franc-Maçonnerie de dédier et de consacrer sa vie à Ton service afin qu'il devienne un Frère loyal et fidèle parmi nous. " Telle est la vibrante invocation que chacun d'entre nous a pu entendre le soir de son Initiation. Elle nous exhorte à ne jamais oublier cette grande vérité : créer par le verbe c'est, au nom du devoir sacré de mémoire, mettre nos actes en parfaite conformité avec notre parole. Avec, toujours en filigrane, l'éternelle et lumineuse vibration du Verbe Divin.

 livre franc-maçon

 

Source : http://cardoniram.pagesperso-orange.fr/chapitre4.htm